Décès de Pierre Bouillon, un journaliste honnête et lucide

Le RWF a appris avec tristesse le décès inopiné et précoce de Pierre Bouillon, brillant journaliste du quotidien Le Soir. Nous regretterons sa lucidité, sa sincérité et son indépendance d’esprit dont ne peut se prévaloir sa pâle copie, nous voulons dire son homologue David Coppi, thuriféraire du PS à la sauce Di Rupo. Mais une vassalité normale après tout puisqu’il fut auparavant un collaborateur éminent de l’Institut Émile Vandervelde, le bureau d’études du PS.
En hommage à Pierre Bouillon, nous reproduisons un de ses articles visionnaires.

Divorcer, ça sauve les couples.

Article de Pierre Bouillon publié dans Le Soir du 3.6.2003

Peu avant le scrutin, Verhofstadt a déclaré que la législature avant été marquée par l’apaisement communautaire. Là, pas de doute : de 1998 à 2003. Verhoftadt, toujours à la sieste en Toscane, a fait jouer une doublure qui, au retour de l’original, n’a pas tout raconté, il n’a pas dû oser. Car l’apaisement communautaire, ça a donné ceci : alors que Les Francophones ne le demandaient pas (quoi qu’ils aient pu dire ensuite), la Flandre a obtenu de régionaliser le Commerce extérieur, la Coopération et l’agriculture.

Alors que les francophones le refusaient, la Flandre à fait élargir l’autonomie fiscale des Régions. Alors que les francophones étaient contre (et le Conseil d’État, très contre), la Flandre à fait régionaliser la loi communale. Contre l’avis des francophones (et la démocratie}, elle à obtenu une présence renforcée au conseil bruxellois, et un échevin dans chaque commune de la capitale.

Certes, en échange, la Communauté française a été renflouée ; sans ça, l’école buvait la tasse. Mais quand on sait que, par équipollence, un financement a aussi été accordé à la Communauté flamande, on se dit que, au total, l’école a acheté sa bouée au prix d’un yacht de luxe.

On rappellera que cet apaisement communautaire a occupé la majorité pendant 9 mois et l’a fait frôler le fossé dix fois. Et qu’il n’a pas arrêté les circulaires Peeters, qui enquiquinent la périphérie depuis 1997 (l’affaire est au Conseil d’État… qui a dû égarer le dossier). [ndr : BHV a été entre-temps été scindé suite au coup de sang… d’Alexandre De Croo qui débrancha la prise du gouvernement d’Yves Leterme].

Prévisible : à peine sortie de table, la Flandre remet le couvert. VLD et SP.A-Spirit [ndr : actuel Vooruit] exigent que l’accord de majorité programme une nouvelle réforme de l’État d’ici à 2004 (ce sont la SNCB et la Mobilité qui plongeraient cette fois dans le centrifugeuse). Les SP A-Spirit De Batselier (hier) et Anciaux (dans le Soir du week-end) soulignent que ces nouveaux transferts assureront la paix dans le ménage Nord-Sud (dynamique où dynamite, dit De Batselier). C’est évident. Mais c’est exactement l’argument qui incline un couple à souhaiter le divorce.
Que répondent les francophones à ces nouvelles exigences ? Ils disent non. À dire vrai, ça commence toujours comme ça. Et ça finit invariablement chez juge.