La Vivaldi est un combat de coqs continuel

La Vivaldi n’est pas un gouvernement qui se chamaille, mais un combat de coqs continuel et de cygnes mourants. La proposition de Kristof Calvo (Groen) pour une mise à jour de l’accord de coalition est le seul salut de la Vivaldi.

Chronique du 18/05/2022 d’Ignace Vandewalle publiée dans la revue Doorbraak

Au grand regret de ceux qui l’envient, le gouvernement Vivaldi est une roue à sept faces qui tourne en rond dans le cortège d’Echternach. La Vivaldi, le rêve violet-vert de Paul Magnette, est devenu le cauchemar d’Alexander De Croo.

Quatre idéologies différentes

Ce gouvernement, composé de quatre idéologies différentes, a conclu un accord de coalition qui est un menu avec les plats préférés de chacun. Cependant, ils ont omis de décrire les ingrédients des plats et la méthode de préparation. Une erreur cruciale commise par tous les négociateurs qui se sont présentés à la table des négociations à l’époque.

La hâte et le manque de détails sont le résultat d’une combinaison de circonstances concomitantes : la soif de politique et la course aux postes ministériels, associées à la longue formation d’un gouvernement. Il y avait également une méfiance entre les partenaires dès le début. Comme chacun sait, une relation sans confiance est comme un vélo d’appartement : elle absorbe vos efforts sans vous faire progresser.

Vent en poupe

Grâce à la crise sanitaire, le gouvernement Vivaldi avait le vent en poupe. Il a pu utiliser la situation d’urgence pour mettre en œuvre des politiques de crise et ainsi générer un sentiment de deus ex machina. Cela a fonctionné jusqu’à ce que la crise soit surmontée et que la vie normale reprenne. Le gouvernement Vivaldi avait oublié un élément important : « quand on a le vent dans le dos, la direction dans laquelle on va est deux fois plus importante ». Et cette direction n’était et n’est pas bonne. Ils courent comme des lemmings vers le précipice.

Le Fonds monétaire international (FMI) et la Commission européenne confirment dans leurs rapports que la Belgique est le plus mauvais élève de la classe et se dirige vers une crise économique sans précédent. Vous pouvez rejeter la faute sur le Covid et la guerre en Ukraine, mais pas sur le fait que nous avons apparemment géré ces crises plus mal que d’autres pays comparables.

Vivaldi 2.0

C’est tout à l’honneur de Kristof Calvo – l’un des penseurs les plus solidement rationnels du Parlement – d’en avoir pris conscience. C’est tout à son honneur d’avoir compris qu’il y avait une faille dans l’accord de coalition et d’avoir voulu la corriger. Tous les membres du gouvernement et des parlements majoritaires ne devraient-ils pas s’en inspirer ? Et faire preuve de plus de faillibilisme [ndlr : principe philosophique disant que les humains peuvent soutenir des croyances, attentes et compréhension du monde, pour une bonne part reconnues incorrectes, tant que des justifications permettent de les considérer de quelque valeur] lorsqu’il s’agit des réalisations, des attentes ou des politiques du gouvernement ?

Kristof Calvo a fait une très bonne proposition pour télécharger une mise à jour, un Vivaldi 2.0, et pour adapter certains logiciels. Malheureusement, l’anxiété liée au seuil électoral (+ de 5% aux élections) et le changement de scrutin font que l’Open Vld et le CD&V jouent au football panique et ne veulent pas donner de but aux Verts. Il est donc ironique de constater que de tels jeux politiques paralysant la politique, par peur de l’électorat, sont précisément ce que Calvo voulait éviter avec sa proposition.

La nouvelle culture politique

Le gouvernement Vivaldi a voulu mettre en place une nouvelle culture politique. Et c’est ce qui s’est passé. Tout ce qui pouvait laisser penser à une loyauté envers le gouvernement était jeté par-dessus bord. Les ministres ont lancé leurs plans à la télévision ou dans les journaux avant même qu’ils ne soient présentés à la table du gouvernement. La dispute s’est ensuite déroulée sur Twitter et dans les médias, après quoi le gouvernement a joué le rôle d’arbitre médiateur.

Cette façon de travailler est en fait devenue le modus operandi habituel. La manière dont Paul Magnette, flanqué du vice-premier ministre et ministre de l’Économie et du Travail, Pierre-Yves Dermagne, a annoncé 6,5 milliards d’euros de nouvelles mesures de pouvoir d’achat lors d’une conférence de presse en est un exemple clair. La rhétorique de l’annonce ressemblait étrangement à de la propagande électorale. De plus, le gouvernement avait nommé un groupe d’experts pour faire des propositions, mais avant même qu’ils aient mis un seul mot sur papier, Magnette leur faisait déjà ouvertement la morale.

Même les arguments par consensus

Même lorsque le gouvernement est parvenu à un consensus démocratique, des membres du Parlement, des présidents de parti et même des ministres ont continué à défendre une position différente. Frank Vandenbroucke et d’autres socialistes, par exemple, ont continué après la décision du gouvernement à plaider pour l’abolition complète du régime de sécurité sociale favorable et de la taxe sur les salaires pour les sociétés sportives.
George-Louis Bouchez continue de plaider pour le maintien des centrales nucléaires. Même lorsque le gouvernement avait décidé de ne pas le faire – et on lui a ensuite donné raison. Le ministre Vincent Van Peteghem a continué à plaider pour la réduction permanente de la TVA sur le gaz et l’électricité. Même si le gouvernement avait décidé collégialement de ne le faire que temporairement.

Illustration : Kristof Calvo (Groen)
Source : Wikipedia

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