Pour le mouvement flamand, la Wallonie n’a jamais donné un centime à la Flandre

Que fait l’Institut Émile Vandervelde, bureau d’études du PS ? Que pense le Centre Jean Gol (MR), le CRISP de Jean Faniel ou l’Institut Jules Destrée de l’étude consacrée aux transferts financiers Wallonie-Flandre que la revue Doorbraak vient de publier ? A quoi rêvent nos éminents professeurs d’Université ? Nul ne le sait.
C’est un fameux pavé dans la mare que le mouvement flamand vient de relancer : il n’y aurait jamais eu de transferts financiers de la Wallonie vers la Flandre depuis 1830 ! Cela permet de réduire à néant l’argument des partis francophones qui avancent que la Wallonie a soutenu une Flandre misérable pendant plus de cent ans et qu’il est normal que la Flandre transfère entre 5 et 8 milliards d’euros vers la Wallonie depuis un certain temps.
Olivier Mouton, journaliste au Vif, précise justement que ces transferts constituent l’un des noeuds de toute future discussion institutionnelle (7e réforme de l’État en 2024) et que les partis flamands considèrent qu’il s’agit d’un fardeau qu’ils souhaitent voir disparaître. Cela dit, les transferts de la richissime Île-de-France vers des régions comme le Languedoc-Roussillon (appellation avant la réforme des régions) sont bien plus importants que ceux de la Flandre actuelle vers la Wallonie… Pour le journaliste mais aussi pour le RWF, « l’argumentation semble édifiante, mais elle s’arrête à l’heure où ces transferts étaient susceptibles de devenir plus importants et elle ne tient pas compte de transferts déguisés souvent évoqués également, comme les investissements massifs de l’autorité centrale [ndlr : l’Etat belge, à l’époque principalement régi par des Bruxellois francophones et des Wallons] dans le développement des infrastructures en Flandre (ports d’Anvers et de Zeebruges, aéroport de Zaventem, de Sidmar partiellement, etc) qui ont contribué à son redressement. En tout état de cause, l’analyse devait être plus fine et équilibrée. »
En effet, l’étude nationaliste s’est arrêtée aux transferts de 1832 à 1912 alors que la Wallonie poursuivra son prodigieux essor industriel jusqu’au début des années 60. Une étude volontairement biaisée donc.
Notre conclusion : la fin de cette solidarité interrégionale et interpersonnelle [3.000 euros par travailleur flamand selon une « étude » de la N-VA) ne donnerait plus aucune raison d’exister à la Belgique. Elle entraînerait même une perte de pouvoir d’achat des Wallons de l’ordre de 20%, selon une étude du professeur émérite de l’HEC, Jules Gazon.
La situation deviendrait vite inextricable compte tenu de la gestion calamiteuse de la Wallonie, principalement par un PS dépassé par les événements mais également par le PTB, une horreur absolue pour une Flandre de droite résolument anticommuniste (en Flandre, Groen est considéré comme un parti d’extrême gauche).
Un PTB qui via son implantation syndicale ne manquerait pas d’attiser les feux de la révolte d’un peuple trompé par ses élites défaillantes (par exemple, la galaxie Stéphane Moreau).
En passant, il faut déplorer la collaboration à l’étude du mouvement flamand de Didier Paquot de l’Institut Jules Destrée (subsidié par la région wallonne !). Il s’est penché sur les transferts financiers depuis le début des années 2000. Il nous a avoué qu’il ne s’est pas préoccupé de l’étude de fond ! Malheureusement, sa présence sert de caution morale et intellectuelle francophone aux affirmations du mouvement flamand. Une collaboration malvenue en quelque sorte…

L’argent belge circule toujours dans la même direction
03/04/2021 – Pieter Bauwens,  revue Doorbraak, organe officiel du mouvement flamand.

Chaque année, la Flandre transfère 6 % de son produit intérieur brut à la Wallonie. Depuis des années maintenant. Même si en Wallonie, le mythe survit que c’était autrefois différent. Il est temps de procéder à une démystification. Il n’y a aucune preuve de ce flux d’argent de la Wallonie vers la Flandre. Au contraire.
À la fin du XIXe siècle, la Flandre s’est appauvrie. La Flandre pauvre de l’époque conduit directement à l’idée que la riche Wallonie était le payeur net d’impôts à l’époque. Il y a donc eu des transferts d’argent du sud vers le nord de la Belgique. Cela semble être la logique même.

Comme beaucoup de mythes, celui-ci est difficile à réfuter, la croyance étant plus forte que la preuve du contraire. Toutefois, ce raisonnement logique a été réfuté il y a une quinzaine d’années par le professeur Juul Hannes. Il s’est plongé dans les comptes belges de 1830 à 1912 à la recherche de ces transferts du sud vers le nord. Il ne les a pas trouvés. Ils ne sont pas là. Au contraire.
Hannes a publié un livre sur le sujet, « Le mythe des transferts inversés ». Ce livre est devenu pratiquement introuvable. Alors que son contenu reste plus que jamais d’actualité et politiquement pertinent. C’est pourquoi Doorbraak a ressenti le besoin de le publier à nouveau.
Les recherches de Hannes ont été complétées par une introduction de Frans Crols et des essais d’Alain Mouton sur l’histoire des études sur les transferts, de Geert Jennes sur les transferts via la dette nationale belge et de Didier Paquot qui aborde la question d’un point de vue francophone.
« Vlaanderen betaalt » (La Flandre paie) aurait pu aussi bien s’appeler « Transferts pour les nuls ». Les essais donnent au lecteur une bonne vue d’ensemble de l’histoire des transferts. Sur quoi porte le débat et quelles sont les différentes positions ? Vous pouvez le lire dans « Vlaanderen betaalt ». Un sujet de réflexion pour les journalistes et les politiciens.
Travaillons par ordre chronologique. La pauvreté de la Flandre à la fin du XIXe siècle est bien documentée. La pauvreté en Europe était appelée « la maladie flamande ». Rondas a décrit cette triple pauvreté dans l’essai qui accompagne le livre Mensen achter de dijk, de Filip De Pillecyn, réédité l’année dernière.

Comment est-il possible que la partie pauvre du pays paie plus d’impôts ? Cela a tout à voir avec l’évolution des temps et un système fiscal démodé. À l’époque, la Wallonie était la deuxième nation industrielle d’Europe. Mais ces entreprises en pleine croissance et rentables payaient très peu d’impôts.
Les taxes étaient en grande partie fixes. Il n’y avait pas de comptabilité obligatoire, donc pas d’impôt sur les bénéfices non plus. Il existait, par exemple, une taxe sur les fours instituée avant l’industrialisation. Parce que les taxes n’étaient pas réglementées, un boulanger payait autant que le propriétaire d’une usine équipée d’un haut fourneau industriel, soit un montant comparable à celui prélevé jadis pour les hauts-fourneaux de taille modeste utilisés à l’ère préindustrielle.
Un autre exemple. Les entreprises étaient taxées pour un maximum de 450 employés. C’était également un maximum absolu à l’époque où la taxe a été introduite. Il n’y avait pas de grandes entreprises. Au cours de l’industrialisation, ces entreprises se sont développées pour employer plusieurs milliers de personnes. Mais cela n’a pas affecté leurs impôts.
Encore un autre exemple ? Les taxes sur l’exploitation minière. Selon Hannes, elle n’a jamais récolté assez d’argent pour payer l’administration. Même si les mines ont fait d’énormes profits à leur apogée. La taxe sur l’alcool et le tabac était plus rentable que la taxe minière.
Les impôts fonciers et le registre foncier ont également continué à fonctionner avec des taux élevés à l’époque préindustrielle. De cette façon, la Flandre était taxée sur son riche passé et la richesse industrielle émergente de la Wallonie était largement non taxée.
Honnêtement, j’ai maudit la lecture de tant d’injustice fiscale. Même si j’ai lu ce livre il y a 15 ans. C’est vraiment vindicatif. Et il y a un côté indésirable à cela. C’est l’époque du suffrage censitaire. Les messieurs du parlement contrôlent le vote par le biais de la fiscalité directe. Cela ne les rend pas désireux d’agir sur le système fiscal. En cas de suffrage universel, il se pourrait qu’il y ait trop d’électeurs ajoutés, ou les mauvais [ndlr : les ouvriers et les Flamands majoritaires]. Mais ils utilisent aussi le code des impôts pour s’assurer que les bonnes personnes puissent rejoindre l’électorat. La fiscalité inappropriée en Belgique, c’est une chose sur laquelle un historien devrait se pencher…
Depuis que la Belgique existe, il y a eu des transferts de la Flandre vers la Belgique francophone. Combien ? Eh bien, il y a des tas d’études à ce sujet. Le poisson est noyé dans une mer de chiffres, de méthodes et de terminologies. Une bonne astuce pour éviter de débattre des transferts eux-mêmes. Alain Mouton, journaliste à Trends, guide le lecteur dans le dédale des études, des chiffres et des interprétations. Son chapitre est le meilleur aperçu de la question que j’ai lu ces dernières années. Rédigé dans un langage accessible, il indique clairement à tous où se situe le problème. Vous pouvez juger par vous-même.
C’est un peu plus difficile pour la question compliquée de la dette nationale. Si ces calculs sont inclus dans les transferts, ceux-ci augmentent fortement. La Flandre ayant largement remboursé sa part de la dette, elle rembourse maintenant les dettes de la Wallonie et de Bruxelles. La crise sanitaire ne fera qu’empirer les choses. Le débat sur les coûts de cette crise offre aux partis flamands l’occasion de lancer ce débat. Du côté francophone, ils ne sont pas aussi enthousiastes.
Le livre se termine par une contribution de Didier Paquot de l’Institut Jules Destrée. Selon lui, la cause des transferts se situe principalement du côté des revenus. Le taux d’emploi est beaucoup plus faible en Wallonie. Si c’était comme en Flandre, il n’y aurait pas ou peu de transferts. Un bon exercice de calcul, même si Paquot lui-même indique que cela pourrait encore prendre quelques décennies pour y arriver. Cela reste plutôt un exercice de calcul théorique.
« Vlaanderen Betaalt » n’est pas un pamphlet mais un livre d’information. Il s’agit actuellement de l’aperçu le plus accessible concernant le débat sur les transferts en Belgique. Un livre qu’il faut absolument avoir lu pour avoir des réponses sûres.
De cette manière, « Vlaanderen betaalt » met fin à un mythe tenace, celui des transferts inversés. Encore une fois. Tant que la Belgique existe, la Flandre paie.

L’article de Doorbraak

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Université de Namur : une étude datant de 2007