Déc 10 2011

Elio ou le masque souriant…

Je ne partage pas l’enthousiasme des sondages. De mon modeste poste d’observation, je perçois Elio Di Rupo comme un homme perclus de tics communicationnels : pas une once de sincérité, pas un gramme de spontanéité dans ses paroles, dans ses gestes, dans son langage corporel. Son visage ne doit retrouver ses traits naturels que dans le sommeil. En réalité, ce communicateur excelle surtout dans l’art du recel d’émotion, du détournement d’attention et de la manipulation des esprits.

On vante la méticulosité de ses dossiers, fort bien (il n’y a là rien que de très normal), mais cette obsession du chiffrable et du maîtrisable peut aussi cacher une incapacité à dégager des perspectives, une peur viscérale de l’avenir, une méfiance obsidionale envers ses semblables, une angoisse profonde malgré la convivialité de façade.

Il manque à M. Di Rupo, me semble-il, le sens de l’Histoire, une épaisseur philosophique et cette souveraineté de l’esprit qui s’exprime dans la simple vérité de l’être. Tout me semble fausseté et calculs, manipulations et entourloupes, perfidies et larges sourires.
Cet homme est comme un adolescent qui se cherche et ne se trouve pas, et qui multiplie les parades, les accès d’humeur et les contre-feux pour mieux cacher ce qu’il est : un homme orgueilleux et désemparé, un pauvre jeune homme lacéré par le terrible besoin d’être reconnu et aimé.

De son enfance de pauvre immigré, suivie d’une ascension sociale exemplaire, il a gardé une reconnaissance démesurée pour le pays qui l’a sauvé. Ainsi, il verra toujours la Belgique comme une bonne mère nourricière à qui, en reconnaissance, il doit dévouer le reste de sa vie. Sa singulière dévotion socialiste pour la monarchie provient du même fond d’émotivité filiale du fils envers son père. Cette part de déraison affective altère son jugement.

Le premier ministre wallon baragouinera pathétiquement un néerlandais de collège à la majorité des Belges, mais en compensation il donnera de larges gages de bonne volonté politique à ses « concitoyens du nord du pays » : les concessions déjà faites à la Flandre en échange de la formation d’un gouvernement ne pourraient être qu’un hors-d’œuvre. Mais nous pourrons compter sur son art de la communication pour faire passer les reculades pour des replis stratégiques et les abandons pour des échanges équilibrés.
Ce gouvernement devrait tenir à flot jusqu’en juin 2014, mais l’échéance est incertaine, car les jumelles électorales sont déjà fixées sur le proche horizon d’octobre 2012 (élections communales), et de gros nuages noirs et jaunes s’accumulent dans le ciel flamand. La houle européenne grossit, l’euro est menacé, l’équilibre financier de la planète est rompu : que pèsera la Belgique de Di Rupo dans l’ouragan qui se lève?
Rien.

Billet de Pierre-René Mélon
Vice-président du R.W.F., responsable de l’arrondissement de Liège et écrivain