Requiem pour l’humour belge

Excellent éditorial d’Eric Deffet dans Le Soir de ce vendredi à propos du dérapage « nazi » du Carnaval d’Alost qui caricaturait la N-VA en SS et montrait des « déportés » francophones….
A croire que l’Unesco reconnaît n’importe quoi !

Il est de ces sujets généreusement offerts par l’actualité qui font plonger dans un océan de perplexité.
Prenons un exemple (pas vraiment) au hasard : le char aux allures nazies du carnaval d’Alost. Il a fait s’étrangler les hautes autorités de l’Unesco, où l’on tient cette manifestation grand-guignolesque du folklore flamand pour un trésor de l’Humanité – c’est peut-être le plus étonnant dans cette histoire…
Les postures façon « Quelle honte ! On ne peut pas rire de tout ! » sont stériles.
Mais comment produire une réflexion « intelligente » sur une telle plaisanterie de bas étage doublée d’une allusion grivoise à l’Holocauste et d’une démonstration de mauvais goût qui voit les barons de la N-VA grimés en SS et les francophones voués à la déportation ?
Modestement, osons dire ceci : cette histoire nous laisse sans voix. Ou plutôt : un tel niveau de bêtise nous laisse sans voix, soyons précis.
On ne pourra pas nous reprocher de snober la gaudriole ou l’humour vache. Nous tenons même le folklore et les traditions populaires pour l’expression salutaire d’un inconscient collectif qui, sans ces soupapes, étoufferait sous les convenances.
Alors, bien sûr, la transgression est l’âme du carnaval. Tout est permis, c’est entendu. Sauf l’inutile.
Voilà, c’est ça : ce char est inutile. Vain. Sans intérêt.

Pourquoi s’en émouvoir dès lors ? Peut-être parce qu’il se trouve au nord du pays des gens pour défendre ou comprendre l’initiative de ces « joyeux Alostois » et parce que « tout le monde a bien ri », si l’on en croit le témoignage que nous publions dans ce journal.
Une conclusion s’impose et elle ne nous fait pas rire : il n’y a plus d’humour belge.
Il y a un humour flamand et un humour wallon. Un héritier de Jules Destrée en ferait une lettre au Roi…
Imagine-t-on un char du même acabit sillonner les rues de Malmedy ou de Stavelot sans s’attirer les foudres collectives ? Imagine-t-on aussi que Bart De Wever et les autres accepteraient d’être ainsi singés en nazis de pacotille par un carnaval du Hainaut ou de Liège ? Dans les deux cas, quel scandale !

Nous n’avons pas la même langue. Nous avons partagé tant bien que mal le territoire commun. Nous n’aimons pas les mêmes artistes. Nous avons tracé des murs entre sportifs du Nord et du Sud, radios et télés, élus et priorités politiques. Et voici qu’une évidence saute aux yeux : nous ne rions plus des mêmes choses. Faut-il en pleurer ?