Le Président du Parlement flamand : les Wallons sont des mendiants

Jan Peumans, le président du parlement flamand, a une théorie. Celle d’une hélice qui ne cesse plus de tourner. Lancée doucement dans le courant des années 70, son mouvement illustre les constantes modifications structurelles que la Belgique connaît depuis lors. « La N-VA traduit des choses tapies dans le ventre de la Flandre. Et beaucoup de personnes ne l’ont pas encore compris. Dont les médias. »
Voici les principaux passages de l’interview réalisée avec Jan Peumans pour le site apache.be

La N-VA a annoncé aller vers le confédéralisme en 2014. Mais qu’est-ce que ça signifie concrètement?
« Le parti s’apprête à organiser un congrès pour se pencher sur cette question. J’ai bien un avis personnel sur la question, mais je préfère le garder pour moi pour l’instant. »

Votre parti n’a pas encore décidé ce qu’il entendait par le terme de « confédéralisme »? Pourtant, le soir des élections du 14 octobre 2012, Bart De Wever appelait déjà Elio Di Rupo à débuter les négociations sur cette question.
« Ce que nous voulions dire se trouve dans l’article 35 de la Constitution belge, et a été approuvé par deux tiers des députés à la Chambre. Il stipule que le maximum de pouvoirs et de compétences doit revenir entre les mains des régions et des communautés. Et pas au niveau du gouvernement fédéral.
Le congrès du parti que nous préparons fait partie de notre stratégie en vue de préparer les élections de 2014. Pour une réponse à votre question, il vous faudra attendre jusque là. »
(L’article 35 traite des pouvoirs résiduels: tous les pouvoirs, sauf ceux spécifiquement mentionnés par les législateurs, doivent revenir aux entités fédérées. Il a été introduit à l’époque par Jean-Luc Dehaene, sans pour autant être entré en application depuis. NDLR)

En attendant, les autres partis tentent de convaincre les électeurs que la N-VA ne prépare pas le confédéralisme, mais bel et bien le séparatisme.
« (en riant) L’article 1 des statuts de notre parti est quand même clair, non? Bien évidemment que  nous sommes des séparatistes, nous voulons une Flandre indépendante. Point. Certains essaient de nous présenter comme de dangereux alchimistes, mais tout le monde sait que nous sommes pour une évolution du pays et non une révolution. Ceci est une vraie différence avec un parti comme le Vlaams Belang par exemple. »

Autre différence avec tous les autres partis: en 2014, la N-VA veut lancer une septième réforme de l’Etat. Alors qu’eux veulent d’abord exécuter la sixième négociée en 2011.
Je vais peut-être y aller un peu fort, mais pour le moment, les Wallons tendent la main et nous y déposons de l’argent. Point barre.
« Bien sûr qu’il faut mettre en place une septième réforme de l’Etat. Jean-Luc Dehaene ne dit d’ailleurs pas autre chose. La sixième réforme nous donne peut-être quelques compétences supplémentaires, mais il reste encore des quantités de choses à changer. Les freins et les blocages des uns et des autres rendent chaque réforme plus complexe, mais de nouveaux transferts de compétences seront réalisés. Et les choses avancent de plus en plus vite!
C’est ce que j’appelle la théorie de l’hélice, qui a commencé a tourné en 1970. A l’époque, nous voulions [en Flandre] l’autonomie pour les matières culturelles. Et de l’autre côté de la frontière linguistique, ils désiraient une autonomie économique. On ne s’en rendait peut-être pas vraiment compte à ce moment là, mais cela a tout enclenché.
Et aujourd’hui, les choses changent bien plus vite que ce que je n’aurais jamais pu espérer. Quand j’étais enfant, personne n’osait parler de « la Flandre ». C’est comme si ce mot était maudit, contaminé. Maintenant, tout le monde l’utilise. »

Pensez-vous qu’en 2014, les électeurs seront enthousiastes à l’idée de connaître à nouveau de nouvelles longues années de négociations?
« Les gens sont avant tout enthousiastes vis-à-vis de notre analyse: le système tel qu’il fonctionne aujourd’hui est vicié, nous sommes dans une impasse. Il faut donc trouver une solution structurelle à cette situation.
Pour le moment, la majorité des citoyens de ce pays est traitée comme si elle en était la minorité. Et si cette majorité désire quelque chose, elle doit ouvrir son portefeuille.
Nous ne sommes pas contre les transferts d’argent, mais ils doivent être transparents et efficaces. Je vais peut-être y aller un peu fort, mais pour le moment, les Wallons tendent la main et nous y déposons de l’argent. Point barre. On passe à autre chose sans contrôle. »

Il y a quelques années, Siegfried Bracke a affirmé qu’il pensait ne jamais connaître l’indépendance de la Flandre.
Qu’en pensez-vous
?
« Qu’il va peut-être mourir de manière prématurée? »

Supposons qu’il soit optimiste en ce qui concerne sa propre santé. Il entendait sûrement dire par là que l’accomplissement d’une Flandre indépendante allait encore prendre de longues années.
« Le journaliste Christophe Deborsu m’a déjà posé la même question. J’ai aujourd’hui 62 ans et j’espère vivre jusque là pour y assister. Pourquoi pas lors de mes 85 ans? L’hélice lancée ne s’arrêtera plus. Notre parti traduit des choses tapies dans le ventre de la Flandre. Beaucoup de personnes ne l’ont pas encore compris. Dont les médias.
Je lis le journal Le Soir tous les jours. Ce journal montre de la fierté pour sa communauté linguistique (note du R.W.F. : et une grande collaboration avec la Flandre), alors que les journalistes flamands ne montrent rien du tout. Je trouve ça triste, ils manquent de fierté pour leur propre public néerlandophone. »

Les journalistes devraient représenter une sorte de « conscience flamande »?
« Ce n’est peut être pas le terme adéquat, mais ils devraient être en tout cas plus fiers de ceux pour qui ils écrivent. »

Source : Apache.be