La Wallonie en voie de grécisation ?

Carte blanche d’Alain Siaens, économiste, ancien président de la banque Degroof et professeur à l’UCL.
Publiée dans
La Libre du 12 novembre 2021.

Le PIB (produit intérieur brut) de la Wallonie, dont la population n’est plus que de 32% de la population belge, représente 23% du PIB national. En outre, la Wallonie dépense, consomme ou utilise plus de 32% des ressources fédérales. Le revenu par habitant wallon s’élève à 71,4% de celui du flamand. La différence s’aggrave, puisque de 2008 à 2019, le PIB flamand a crû de 1,3%, ceux de la Wallonie et de Bruxelles, respectivement, de 0,8 et de 0,6%. Le besoin de financement des Wallons est comblé par un transfert nord-sud et par un endettement croissant de manière disproportionnée. La dette wallonne (la sienne propre et sa part de la dette publique au prorata de la population) va atteindre en pourcentage de son PIB le ratio grec. Celle de la Fédération Wallonie-Bruxelles atteindrait 15 milliards en 2025. C’est intenable.

Les taux d’emploi (employés en % des habitants âgés de 20 à 64 ans) sont de 65% en Wallonie et de 75% en Flandre. Mais il y a plus grave : les employés des secteurs publics et non marchand (subsidiés) représentent 35,3% de la population active wallonne contre 27,2% en Flandre. Le PIB wallon contient un secteur marchand très inférieur à celui de la Flandre. Or, c’est dans ces secteurs que se font les prélèvements fiscaux et parafiscaux qui financent les dépenses publiques, le nombre et le revenu de ceux et celles que les pouvoirs publics emploient ou subsidient. Soignants, enseignants, policiers, pompiers, etc., sont certes très utiles, on souhaiterait qu’ils soient plus nombreux et mieux rémunérés. Mais cela dépend des ressources que le secteur marchand, industriel et exportateur peut générer (les exportations wallonnes représentent moins de 18% des exportations belges).

Wallonie et Fédération Wallonie-Bruxelles auront un besoin de plus en plus insatisfait de financement tandis qu’une écrasante majorité flamande rêve de régionaliser davantage (l’ensemble de la sécurité sociale hors pensions, le travail, la justice, etc.). Pour l’obtenir, ils consentiront à transférer davantage [d’argent] aux francophones en réduisant moins que prévu les transferts de 2025 à 2034. Les dirigeants wallons leur consentiront plus de pans de compétences en se préoccupant du court terme dans l’espoir de rebondir.

[après une critique du plan de relance wallon et du manque d’esprit d’entreprise…]

Imaginons à partir de là un scénario apocalyptique, dans lequel la Wallonie devra de plus en plus financer – seule – ses nouvelles compétences quand bien même la diminution programmée de transferts nord-sud serait amoindrie.

[suit une critique d’une politique de gauche en Wallonie en cas d’alliance avec ECOLO et le PTB…]

Comme les taux d’intérêt remonteront à 4 ou 5%, la dette wallonne deviendrait ingérable, les prêteurs ne voulant plus s’engager comme en Grèce en 2011. La Wallonie devenant financièrement non viable serait mise sous tutelle et devrait réduire drastiquement ses dépenses avec des effets sociaux dévastateurs.