Nombreux contacts entre cadres de la N-VA et du Vlaams Belang

Entretien avec Gerolf Annemans (député européen et ancien président du Vlaams Belang) publié ce jour dans De Zondag. Notons que le tutoiement est devenu généralisé en Flandre…

Extrait :

Quelle est la signification du dimanche noir pour vous ?

« C’était la première manifestation de notre force électorale. Nous n’étions plus le parti folklorique de Karel Dillen et de ses partisans. Nous sommes devenus un facteur politique important. Bien qu’il faille mettre les chiffres en perspective. Nous avons atteint 10% à l’époque. Aujourd’hui, ce serait une défaite. »

N’était-ce pas le meilleur jour de votre carrière ?

« Non. Le meilleur jour a été la victoire du 13 juin 2004, après la condamnation par les juges d’instance [ndlr : pour racisme]. Un Flamand sur quatre a voté pour nous à l’époque. »

Votre succès est principalement basé sur l’aversion pour les migrants. Pouvez-vous être fier de cela ?

(avec véhémence) « C’est une mauvaise étiquette. Je ne l’accepte pas. Nous sommes contre un système, les frontières ouvertes, pas contre les gens. Notre président Tom Van Grieken est clair à ce sujet. J’ai même dit une fois que j’étais désolé, si jamais nous avions donné une impression différente (lors d’une interview avec De Standaard). Je pense également que l’étiquette « extrême droite » est ridicule. Je me sens très conservateur et centriste. Les partis traditionnels se sont déplacés vers la gauche. La N-VA et nous-mêmes avons comblé ce vide.

Le Vlaams Belang est-il le même parti que le Vlaams Blok ?

« Non. Le Vlaams Blok était un parti fouettard, le Vlaams Belang doit devenir un parti politique. Telle est notre ambition explicite pour 2024. C’est aussi ce que veulent nos électeurs. Nous voulons participer au pouvoir et entrer dans des coalitions. Karel Dillen a vu les choses un peu différemment. Il craignait que le pouvoir ne mène à la corruption politique.

Il pensait que le cordon sanitaire était la meilleure assurance-vie pour le parti.

« C’était une déclaration ironique. Il pensait que le cordon était une protection contre les tentations du pouvoir. »

Pouvez-vous devenir un parti politique ?

« Oui, nous y travaillons. Nos idées sont sur la table. Tom et son équipe recherchent maintenant des personnes ayant une expérience en matière de politique, les proverbiaux chefs de cabinet. Ils sont nécessaires pour que nous ne sombrions pas dans l’amateurisme. N’oubliez pas que nous n’avons pas de tradition. Nous devons construire à partir de zéro. »

« Nous devons construire un mur autour de l’Europe, légalement et dans certains endroits, physiquement aussi. »

Outre les idées et les personnes, vous avez également besoin de partenaires. Le président de la N-VA, Bart De Wever, ne cesse de souligner qu’il existe une muraille de Chine entre les deux partis.

« Je ne comprends pas De Wever. Ses déclarations de ces derniers mois sont grossières. Vous ressentez presque une haine personnelle envers mon parti. Pourquoi fait-il ça ? »

Parce qu’il ne veut pas travailler avec toi.

« Non, je ne crois pas. Il veut montrer à la gauche qu’il est un type bien. C’est la seule explication à laquelle je pense. Il veut surtout apaiser les socialistes anversois, car le mayorat d’Anvers est sa priorité absolue. Et peut-être qu’il espère garder le PS heureux de cette façon. Il devrait mieux le savoir que moi. Heureusement, le vrai travail se fait en coulisses.

Y a-t-il des discussions avec la N-VA en coulisses ?

« Oui. Je ne veux pas trop en parler, mais des liens se tissent entre les gens et des numéros de téléphone portable sont échangés. Ne soyons pas stupides : la N-VA serait notre partenaire logique. Nous venons de la même école. La N-VA est même devenue grande grâce à nos électeurs qui ont temporairement fait un pas vers elle. Mais la N-VA n’est pas le seul partenaire possible. Nous n’excluons personne. Si nous voulons une Flandre indépendante, nous avons besoin d’une large majorité. »

« Si la Vivaldi continue, la N-VA doit abandonner le cordon. Ce devrait être la réponse de De Wever. »

[…] Suivent des considérations sur les dérapages verbaux de leaders du Belang et sur « les enseignants de gauche ».

Quel serait le scénario idéal en 2024 ?

« Nous devons devenir le plus grand parti. C’est la première condition. En Flandre, on respecte encore le fait que le plus grand parti a la main. Ensuite, la démocratie doit enfin prévaloir. (sur la dérive du cordon) Et cela arrivera, je pense. Il n’y a pas d’autre moyen. Le cordon n’est plus tenable, sauf si l’on veut abolir la démocratie. Vivaldi en est malheureusement un signe avant-coureur. L’électeur flamand est ignoré. Si cela continue, il faut vraiment craindre une rébellion. »

De Wever prédit même des troubles civils.

« Je serais prudent avec les déclarations de De Wever. Il effraie les gens afin de prouver qu’il a raison. Si la Vivaldi continue, la N-VA doit abandonner le cordon. C’est ce qu’il devrait répondre au lieu de ces bêtises. Ce que je veux dire par rébellion, c’est que le mécontentement va augmenter. Plus de gens vont se radicaliser et ils vont voter pour mon parti. Nous ne pouvons continuer à ignorer la tendance électorale en Flandre. La démocratie doit prévaloir en 2024. Si cela réussit au niveau flamand, cela sera également étendu au niveau local. »

L’indépendance de la Flandre est-elle une condition pour participer au gouvernement ?

« Des mesures doivent être prises dans ce sens. Mais l’indépendance peut aussi se faire en deux temps. Je me réfère à mon livre De ordeelijke opdeling van België (La division ordonnée de la Belgique) ».

Le plus grand danger n’est-il pas de devenir complaisant ?

« C’est un danger pour tout parti, y compris le mien. Heureusement, Tom est conscient de cela. Tous les présages sont bons, mais la route est encore longue. »

[…] L’interview se termine par des considérations sur la Pologne, la Hongrie, Zemmour et les migrants, c’est-à-dire le fonds traditionnel du Vlaams Belang.