Union Belang-N-VA en 2024 : De Wever dit n’importe quoi

Pourquoi une coalition de la N-VA et du Vlaams Belang n’est pas exclue, malgré les déclarations de De Wever.
Interview de Nicolas Bouteca publiée sur le site du Nieuwsblad le 19 décembre 2020

Si la N-VA doit s’unir avec le Vlaams Belang en 2024, après les prochaines élections, ce sera sans Bart De Wever. C’est ce que le président de la N-VA a déclaré dans deux médias ce week-end. Même s’il faut prendre cela avec un grain de sel, dit le politologue Nicolas Bouteca (UGent). « C’est de la stratégie. Tout dépend de la façon dont les cartes seront distribuées après la prochaine élection. »

« Si cette union constitue notre avenir électoral, je ne serai pas l’un d’entre eux. Je ne vais pas me priver pour continuer à exercer mes fonctions ici [Anvers]. Ensuite, je vais fermer la porte et sourire. « Ander en beter, autre chose et mieux » tel était le slogan du Vlaams Belang, n’est-ce pas ? Eh bien, ce sera différent de toute façon. D’ici là, j’espère convaincre suffisamment d’électeurs que ce ne sera pas mieux ».

Le président de la N-VA et bourgmestre d’Anvers Bart De Wever est on ne peut plus clair dans la Gazet Van Antwerpen. En cas d’alliance avec le Vlaams Belang en 2024, il claquera la porte de la politique [régionale et fédérale].

Il reste à voir si cela est crédible. Durant l’été 2019, De Wever a fait tout ce qu’il a pu pour mettre en place un gouvernement flamand avec le parti d’extrême droite. Maintenant, il dit que ces négociations étaient mauvaises. « C’est un minimum d’inviter le deuxième plus grand parti de Belgique à entendre ce qu’il veut faire pour obtenir une majorité », dit-il. « J’ai remarqué à l’été 2019 que le Vlaams Belang a fait des propositions raisonnables et conformes aux conventions, avec des choses que vous voyez aussi ailleurs en Europe. Je m’attendais à ce que le parti, après une attitude aussi raisonnable, change très rapidement ».
Mais De Wever constate à ce jour que cela ne s’est pas produit. « Aucun conseil municipal ne se passe sans que les conseillers du Vlaams Belang disent au moins trois fois que les musulmans et les Africains sont stupides. »

Le politologue Nicolas Bouteca (UGent) n’y croit pas beaucoup. « Il n’est pas très logique de faire des déclarations maintenant sur la façon dont les cartes seront distribuées en 2024. Sauf pour des raisons stratégiques. Et je pense que c’est le but de De Wever. Il dit qu’une voix pour le Vlaams Belang est une voix perdue en sous-entendant que le Belang ne montera pas dans une coalition en 2024 [ndr : au niveau flamand]. Cela contraste fortement avec un vote en faveur de la N-VA. Le message est donc le suivant : votez pour nous, pas pour le Vlaams Belang » [ndr : c’est une voix perdue].

Mais il y a deux mouvements au sein même de la N-VA. Une qui voit bien une collaboration avec le Vlaams Belang, d’autres qui ne veulent pas le savoir. Mais Bouteca ne veut pas qu’on lui fasse dire que De Wever est en train de résoudre cette échéance électorale maintenant. « En fait, il continue à forcer la décision pour ce qui le concerne [ndr : la fin ou non de sa carrière politique]. Il faudra encore trois ans jusqu’en 2024. Si le Vlaams Belang et la N-VA peuvent obtenir une majorité ensemble, alors la pression interne [ndr : la tendance Francken] sera vraiment énorme pour y parvenir ».

Et on ne sait pas encore si De Wever va vraiment démissionner. Ses adversaires ont entre-temps assez de reproches à lui adresser. Comme le fait de se présenter soudainement et explicitement au poste de Premier ministre – une promesse non tenue par rapport aux électeurs anversois – et installer son collègue de parti Jan Jambon à Anvers. Ou qu’il n’a jamais voulu former une coalition avec les socialistes anversois.

Enfin, il est frappant de constater que de nombreuses figures de proue de la N-VA sont silencieuses sur les médias sociaux à propos des déclarations de leur président. Un éventuel gouvernement flamand avec le Vlaams Belang n’est donc pas exclu, simplement parce qu’il le serait sans De Wever.