Déc 03 2019

Demelenne baisse son froc devant les flamingants

Article de Claude Demelenne en ligne sur le site du Vif le 2 décembre 2019

Le casse-tête belge se résume en deux phrases. La Wallonie est l’une des régions les plus à gauche d’Europe. La Flandre, l’une des régions les plus à droite. Ce grand écart pourrait encore s’accentuer en cas de scrutin anticipé.

Derrière la vitrine belge : le brol !

Bart De Wever a raison : il y a deux démocraties en Belgique. Les rêves de la majorité des Flamands ne sont pas les mêmes que ceux de la majorité des Francophones. Il est urgent d’en tirer toutes les conséquences. Et d’en finir avec la fiction noir-jaune-rouge.

Dans un avenir prévisible, la Belgique ne va pas être scindée en deux Etats indépendants. L’exemple de la Catalogne a montré que l’Union européenne mettrait son veto. Pas question de donner des « mauvaises » idées à d’autres régions en quête d’autonomie. Il subsistera donc une vitrine belge. Mais derrière la vitrine, juste quelques brols.

Sortir de l’hypocrisie belge

Partons d’un principe simple : tout, absolument tout, peut être scindé. La Justice, la Police, l’Asile, la Politique migratoire, la SNCB, la Poste, les établissements culturels et scientifiques fédéraux, la Santé publique dans son entièreté, le nucléaire… Pas de tabou. Même la sécurité sociale ? Oui, même la sécurité sociale. A peine les gérants de la vitrine belge garderaient-ils les compétences de la Défense, des Affaires étrangères et certains aspects des Finances.

Tout est permis pour sortir de l’hypocrisie belge. – « l’Union fait la force », la belle blague ! La Belgique va s’évaporer. Le scénario indépendantiste – sans l’indépendance formelle – est incontournable. Les francophones doivent travailler consciencieusement avec les Flamands pour réussir ce scénario. Et cesser de les diaboliser.

(ndr : bel exemple de collaboration entre deux belligérants économiques et  politiques)

Nos voisins du Nord veulent voler de leurs propres ailes ? Pourquoi pas ? Ce n’est pas grave. Ce sont des choses qui arrivent dans l’histoire des peuples. De Wever n’est pas un monstre. La Flandre n’est pas quadrillée de casques à pointe prêts à envahir la Grand-Place de Bruxelles.

Indépendance soft et solidarité

Tout est possible pour clôturer le mauvais film belge. A une condition : aucun des conjoints du ménage tricolore en crise ne peut sortir perdant du processus d’indépendance soft qui s’annonce. Le point le plus sensible a évidemment trait à la sécurité sociale. En cas de scission sèche, la région la moins riche, la Wallonie, sera à la peine. Ce n’est évidemment pas tenable. Ni pour les Wallons, qui verront leur niveau de vie baisser. Ni d’ailleurs pour la Flandre, qui n’a aucun intérêt à appauvrir la région voisine, qui est son principal partenaire commercial. Des nouveaux mécanismes de solidarité seront à prévoir, comme il en existe déjà aujourd’hui dans la complexe machinerie institutionnelle belge.

(ndr : ce serait très étonnant)

La question des mécanismes de solidarité – sur une longue durée – est centrale. Aujourd’hui, bon nombre de francophones s’accrochent à la chimère d’un statu quo institutionnel parce qu’ils ont le sentiment que les flamingants veulent les détrousser comme dans un bois. En résumé, piller la caisse commune et mettre la Wallonie au régime sec. Beaucoup de francophones craignent des lendemains qui déchantent en cas de nouveau round institutionnel. Voilà pourquoi ils veulent le maintien de la Belgique sous sa forme actuelle. Pas par sentiment patriotique belge. Encore moins par amour des Flamands. Mais uniquement par peur d’une dégradation de leur niveau de vie dans l’après-Belgique.

Fétichisme des mots

Le temps est venu d’en finir avec le fétichisme des mots. La Belgique de demain sera-t-elle confédérale ? Il est inutile de se quereller sur la terminologie. Mieux vaut admettre pour principe que Flamands et francophones continueront demain à cohabiter dans un territoire inchangé, mais qu’ils y vivront de façon presque totalement indépendante.

Nos toujours compatriotes du Nord veulent encore moins de Belgique et encore plus de Flandre. C’est leur droit. Plutôt que de multiplier les vains discours anticonfédéralistes, les francophones doivent en prendre acte. Et reconnaître comme recevables- même si elles ne nous font pas plaisir – les aspirations flamandes. A court terme, la formation d’un gouvernement fédéral en sera facilitée.

(ndr : M. Demelenne paiera la note de la chute du pouvoir d’achat des Wallons et de ce qui restera de fédéral aux mains des Flamands ?)

A moyen terme, la nouvelle majorité, au-delà de la gestion socio-économique courante, préparera le grand deal de la législature 2024-2029 : la scission de quasiment toutes les matières « belges », en échange de nouveaux mécanismes de solidarité, solides et irréversibles. Et de garanties renforcées pour les droits des francophones dans les communes flamandes de la périphérie bruxelloise.

(ndr : l’imbécile heureux !)

Pour une Belgique a minima

La Belgique survivra-t-elle jusqu’en l’an 2030 ? Sous sa forme fédérale, la réponse est négative. Ce ne sera pas la fin du monde. Ce ne sera pas davantage la fin de notre modèle de compromis. Certes, la Belgique deviendra toujours davantage une coquille vide. Mais une Belgique a minima est préférable à la paralysie actuelle, où Flamands et francophones se regardent en chiens de faïence et sont incapables de former un gouvernement

(ndr : le journaleux Demelenne a oublié en cours de route le Plan F, une thèse pour laquelle il avait écrit de nombreux articles et autres)

***

Voici ce qu’il disait au journal La Voix du Nord en 2009 (cf. illustration : couverture de son livre « Pour ou contre la Belgique française)

Demelenne : « Mieux vaut se séparer avant de se détester » – 24 février 2009

En attendant les élections régionales de juin, « la Belgique survit », dit Claude Demelenne, rédacteur en chef d’un magazine politique, « Le Journal du mardi », et auteur de « Pour ou contre la Belgique française ». Ou comment l’idée folle fait son chemin.

Comment en vient-on à se demander si la Belgique ferait mieux de se scinder ?

« La Belgique, j’y ai cru. C’est un pays attachant, un des derniers États multiculturels. Je n’aurais dit ça il y a trois ans mais ma réflexion a évolué de manière pragmatique. Depuis les élections de 2007, ce pays n’est plus capable de mener des réformes d’envergure. La Belgique survit, plutôt qu’elle ne vit, dans la médiocrité. La politique belge a disparu. »

La radicalisation de la Flandre est-elle irréversible ?

« Un Flamand sur deux vote pour un parti autonomiste, voire séparatiste, sans oublier le parti d’extrême droite le plus fort d’Europe (Vlaams Belang). »

Pourquoi les différences entre Wallons et Flamands se cristallisent-elles aujourd’hui ?

« J’ai des copains flamands. On s’entend encore mais dès qu’on parle de politique, la conversation s’arrête. On ne sera jamais les Balkans. On ne va pas se taper dessus mais ça ne suffit pas pour faire un pays. Mieux vaut se séparer avant de se détester. »

Les francophones sont-ils résignés sur l’avenir du pays ?

« Je juge l’attitude wallonne pleine d’hypocrisie. Ils veulent gagner du temps, les dix, quinze ans qui permettront à la Wallonie de se redresser.
Ce n’est pas responsable. Les francophones doivent plutôt préparer l’avenir, ne pas exclure une paralysie qui forcera à passer à autre chose. »

Un ultime compromis à la belge ne vous paraît plus réaliste ?

« À court terme, l’enjeu sera le paysage politique flamand en juin à l’issue des élections régionales. Si la Flandre ne peut plus se passer d’un parti autonomiste, le ver est dans le fruit et on le mange. Ce serait gravissime. Une révolution de velours pourrait se produire. On peut dans ce cadre imaginer un rapprochement de la Wallonie avec la France. Une forme d’association comme avec la Polynésie. Autre solution, un État Wallonie-Bruxelles mais les francophones ne sont pas prêts économiquement et dans leur tête. Il n’y a pas de sentiment national wallon. »

Un rapprochement avec la France est-il crédible ?

« Il y a plus de points communs entre un Français du Nord et un Wallon qu’avec un Flamand. Imaginons que nous soyons lors du deuxième quinquennat de Nicolas Sarkozy, la France apparaîtrait en sauveur. Nicolas Sarkozy serait le premier président français à agrandir le territoire. Dans sa logique napoléonienne, il sauterait sur l’occasion. Plus sérieusement, l’Europe gronderait les Belges. Ce serait très mauvais pour son image. Mais la politique-fiction n’est plus exclue. »

Reste la question centrale de Bruxelles…

« Chez les Flamands, il y a une volonté de garder une vitrine belge avec rien derrière. Sauf Bruxelles, carte de visite mondiale. Or la capitale est à 85-90 % francophone.
Dans les futures négociations, il y aura moyen d’en tirer des contreparties. »

A lire : Pour ou contre la Belgique française, de Claude Demelenne (Le Cherche-Midi éd.)