Avr 28 2014

Le clan Di Rupo : 20 ans de magouilles

Une longue enquête du Comité supérieur de contrôle dans le milieu de la construction, dossier mis à l’instruction en février 1994 à Tournai parce que «trop chaud» pour être traité à Mons ou à Charleroi, a amené le juge Gérard Bresoux à inculper et arrêter, au début de janvier, Gioacchino (Jacky) Cappalonga, un Italien de 47 ans domicilié à Morlanwelz (pour infractions aux lois sociale, commerciales et fiscales). Puis, le 10 janvier, pour faux, usage de faux, escroquerie, infractions aux lois fiscales et sur les sociétés, un récidiviste de l’usage de faux et de (trois) banqueroutes, Georges Dudome, 66 ans, de Hautrage (Saint-Ghislain). Et, trois jours plus tard, dans la nuit de vendredi à samedi, l’entrepreneur Franco Di Rupo, 49 ans, de Chapelle-lez-Herlaimont, et un de ses anciens employés, Philippe Bertrand, 45 ans, domicilié à Temploux.
Franco Di Rupo est président du club de foot de Chapelle. Il est aussi le frère aîné du vice-Premier ministre et ministre des Communications, qui n’est pas cité dans le dossier.
En mai 1994, une quarantaine de membres du Comité supérieur de contrôle perquisitionnaient aux sièges de plusieurs sociétés. De nombreux documents furent saisis notamment chez Franco Di Rupo, 40, rue Neuve, à Chapelle-lez-Herlaimont, où se trouvent les sièges d’Énergie D. (petite entreprise de génie civil), d’Energy D. (travaux d’installations électriques) et d’Ecodi (services techniques). D’autres sociétés ont été perquisitionnées dans l’immeuble contigu, au 42, rue Neuve: la Carmy (petit holding) et les pneus Hennaut (un commerce de voitures d’occasion dont la Carmy est actionnaire) ainsi que le siège de Catecom (installations électriques), à Morlanwelz, la FEC, Distrilec (rue du Douaire, à Chapelle-lez-Herlaimont) et la société Bertrand, de Philippe Bertrand, également administrateur d’Ecodi.
Les documents comptables saisis ont fait apparaître des irrégularités dans la gestion et la direction des sociétés, de fausses factures, des factures gonflées (passant de 1 à 16 millions, indique-t-on dans les milieux judiciaires), des faux bilans et des dépenses personnelles excessives, notamment de nombreux voyages, au détriment des sociétés.
Franco Di Rupo, dont l’épouse et la fille ont aussi été longuement interrogées, et Georges Dudome sont soupçonnés être derrière ces sociétés-écrans: Di Rupo dirigeait toutes les sociétés (bien qu’en 1994 ses seuls mandats officiels étaient administrateur délégué d’Ecodi et d’Energy D. dont son épouse était aussi administrateur), Dudome étant chargé de collecter la main-d’oeuvre. On indique de source judiciaire que, brûlé dans de nombreux ministères, Franco Di Rupo répondait néanmoins aux adjudications publiques par le biais des sociétés qu’il contrôlait. Il réussissait ainsi à présenter plusieurs offres, assuré que l’une lui reviendrait.
Les quatre hommes sont écroués à Tournai. Les autorités judiciaires ajoutent que les faits n’ont été dévoilés qu’hier pour les besoins de l’enquête.
Bertrand et Di Rupo, mis au secret depuis samedi, doivent comparaître ce matin devant la chambre du conseil de Tournai où l’avocat de Franco Di Rupo, Me T. Afschrift, de Bruxelles, estimant qu’il s’agit plus de fiscal que d’escroquerie, va demander la remise en liberté du frère du ministre. Pour lui, rien dans ce dossier ne permet de faire un lien avec la politique.
Mais l’enquête porterait sur des centaines de millions et touche bien à des marchés publics. D’autres auditions sont prévues par le juge.

Source Le Soir : René Haquin – 19 juin 1995

Lundi 13 janvier 1997

Le Comité supérieur de contrôle (CSC) refuse d’admettre le sort qui avait été réservé au problème de la maison montoise appartenant au vice-Premier ministre Di Rupo et de son rôle exact dans les activités de son frère Franco. C’est en tout cas ce qui ressort de l’enquête réalisée par notre confrère du journal « Vers l’avenir » qui publiait ce week-end de larges extraits du procès-verbal dressé par les enquêteurs du CSC, le 5 janvier 1995, dans le but d’informer le juge d’instruction. (…)
En mai 1994, une quarantaine d’enquêteurs du Comité supérieur de contrôle avaient effectué des perquisitions aux sièges de plusieurs entreprises hennuyères pour y constater des indices d’infractions aux lois fiscales. Figuraient parmi ces sociétés, Energie D, Energy D, Carmy, Distrilec et Ecodi, cinq entreprises spécialisées dans le terrassement et l’éclairage public dirigées par le frère du vice-Premier ministre socialiste.
Inculpé pour faits qualifiés d’escroquerie (facture gonflée), Franco Di Rupo avait été arrêté pour être remis en liberté quelques jours plus tard. L’examen des documents saisis par les enquêteurs les avaient ensuite amenés à s’interroger sur les circonstances de l’achat de la maison d’Elio Di Rupo.
Pour les enquêteurs, le bâtiment aurait été racheté par le ministre à la société Energie D à un prix nettement inférieur à sa valeur réelle, soit 1.300.000 F alors qu’il était évalué à 2.300.000 F pour la perception des droits d’enregistrement.
Par ailleurs, la comptabilité d’Energie D reprenait toujours à son actif la maison du ministre alors qu’elle lui avait été vendue. Erreur comptable ou vente maquillée ?, s’interroge « Vers l’avenir » avant de fournir les explications données par l’entourage d’Elio Di Rupo. (Le ministre) a bien acheté la maison de Mons, a contracté un emprunt pour régler la transaction, et continue à rembourser cet emprunt tous les mois. L’absence de trace de paiement sur les comptes d’Energie D s’explique par le fait qu’en achetant la maison, Elio Di Rupo a repris à sa charge l’emprunt hypothécaire qui courait, et que le montant de la vente n’est pas allé sur les comptes de la société mais sur celui de la banque qui a octroyé l’emprunt.
Les soupçons du CSC n’en restent pas là. Ses enquêteurs prétendent encore que certains éléments peuvent faire penser à des interventions du ministre dans les affaires de son frère, voire à des sollicitations d’avantages de la part de ce dernier, écrit « Vers l’avenir » qui évoque, à titre d’exemple, trois voyages au Club Méditerranée au profit de Franco et Elio Di Rupo, facturés à Energy D.
Elio Di Rupo n’a jamais favorisé son frère dans l’attribution de marchés publics (note : évidemment !), nous a-t-on répondu dans son entourage. Quant aux voyages, son frère et lui avaient pour habitude de s’offrir mutuellement des vacances.